13 novembre 2012

Ne faîtes pas comme si vous n'étiez pas là. Ne faîtes pas comme si vous n'étiez pas en train de courir, de baiser, de faire cuire un oeuf, de respirer... ne faîtes pas comme si vous n'étiez pas en train de lire.

Par défaut, brûlez, faîtes fondre le manège tracassant de l'esprit, perclus d'abstractions, ne contenant en lui que la saveur vide d'un sachet plastique, denué de prise de contact... en rade et sans essence.

Il y a un risque, comme à tous les jeux. Le risque de l'enfant au matin de noël qui voit un trou sous le sapinet pas de cadeau. Pourtant, il avait mis en oeuvre la patience millénaire des statues pour voir l'éclosion du souhait. Rien. Rien que la neige devenue plomb nacrée et qui lui tombe sur les cils.

Il y a un risque. C'est celui de perdre, et il faudra "apprendre à aimer perdre", c'est une gloire inscrite sur la face B de la trame. Il y a un risque que le présent, tombé sur vos crânes jamais plus duveteux, ne satisfasse pas vos exigences, qu'il n'y ait pas de clé de l'être dans laquelle se glisser, à l'aise, comme dans la sécurité d'une âtre. Pas de salut pour les têtus !

Non. La profonde douleur qui se pose en nous, ceint notre front, n'est réelle que dans l'absence de borne, ce domaine où seul le pillage d'icônes donne corps au récit. Elle est cette justification muette, celle qui implique trop et là où le langage faillit.

Aussi, quand l'être bleuté d'une rivière s'allume dans ton regard, que cet être coule en toi, frais, car tu fais pleinement comme si tu le regardais, comme si la totalité de ton corps était exposé, irradié de cette présence qui est aussi la tienne, jusqu'à la limite : le non-dit du no man's land, là où bascule les comme si... alors une partie de toi se calcine et meurt, celle de la valeur marchande, qui ne peut ni échanger ni vendre ce qu'elle vît car lui échappe à jamais le flocon de vie : l'agora est un marché où circule la cendre dans des sachets plastiques.

C'était trop intime, c'est tout, ça vire à l'impersonnel.

Voilà pour le risque : la mort. il est minim et moi je repars vers le centre, attaquer le bastion d'où je proviens, en quelque sorte : continuer à m'auto-détruire.

Posté par PriseDeContact à 14:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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